Une fois par
semaine, au début du week-end, je vais choisir un fait marquant, qui aura
attiré mon attention au travail, et le présenter de façon simple. J'espère réussir à me tenir à cette résolution.
Cette semaine,
j’ai décidé de consacrer un post à la réaction de l’Eglise face aux problèmes
qui durent depuis maintenant plusieurs mois sur la scène politique italienne, à
savoir les frasques de Silvio Berlusconi et les révélations presque
quotidiennes de nouveaux rebondissements le concernant ou touchant de près ou
de loin des personnes au pouvoir ou dans l’opposition, suscitant des demandes
de démission presque tout aussi quotidiennes et ayant pour conséquence un vrai
immobilisme politique, qui pour le coup, lui, n’a rien d’approximatif.
Hier, je suis allée à la conférence de presse en conclusion des travaux de réflexion du Conseil permanent de la Conférence épiscopale italienne (CEI), au cours de laquelle il a largement été question du discours d'introduction prononcé par le président de celle-ci, le cardinal Bagnasco en début de semaine. Ce 26 septembre, le Président de la CEI a dénoncé avec des mots très durs le climat actuel de la scène politique italienne :
"Nous dénonçons des styles de vie
difficilement compatibles avec la dignité humaine, le respect des institutions
et de la vie publique. Nous sommes mortifiés de devoir prendre acte de
comportements intrinsèquement tristes et vains. Qui choisit de s'engager dans
la vie politique doit être conscient de la mesure, de la discipline et du sens
de l'honneur que cela implique."
Dans tout le
discours, Berlusconi n'est pas cité une seule fois. Mais le contexte actuel, et
malgré des tournures appelant à une “purification“ d’ensemble de la classe
politique, il est clair pour tous que le cardinal avait en tête des faits
précis. A plusieurs reprises déjà, des déclarations avaient eu lieu sur le
sujet de la part d'évêques, mais jamais avec autant de clarté et de fermeté.
Beaucoup dans la
presse et même parmi les fidèles et le clergé, demandaient à l'Eglise de se
prononcer clairement contre les attitudes de Berlusconi. J’ai été quant à moi
frappée par la lettre d’un prêtre à son Evêque publiée dans le quotidien
italien La Repubblica, publiée le 24 juin 2009, mais encore d'actualité pour résumer le désarroi de beaucoup de fidèles, dans
laquelle il se demande pourquoi l'Eglise « traite si bien Berlusconi ».
Quelques jours avant, le pape lui–même
avait demandé au départ de son voyage en Allemagne, le 22 septembre dernier,
dans un télégramme adressé au Président de la République italienne, Giorgio
Napolitano, “un renouveau éthique intense“ pour le pays.
Laissant de côté toutes les “instrumentalisations politiques“ qui peuvent être faites à partir de ces déclarations, les analyses qui assurent que l'Eglise prépare ainsi la transition vers l“l'ère post-Berlusconi“et le reste, il est étonnant de voir la densité des réactions provenant de tous bords.
Quelle expression
pour l’Eglise dans la société ?
Cette demande de
prise de position et l'écho donnée aux paroles des Evêques interpellent. Ce
discours et les réactions qui s'en sont suivies dans la presse italienne, mais
aussi un peu ailleurs (un article sur la question dans L'Express par exemple) m'ont
interrogée sur la voix de l'Eglise dans la société en général, et sur les
différences historiques sur ce point entre l'Italie et la France.
La présence du
Vatican fait que l'Eglise a une véritable assise en Italie, entérinée par des accords avec l'Etat. Et il est vrai que,
malgré la sécularisation qui n'épargne aucun pays en Europe, les paroisses y
sont vivantes, les vocations nombreuses, les œuvres chrétiennes de charité
florissantes. Cela fait un peu envie ! Même si beaucoup dans le pays voudraient
se libérer du « joug » d'une institution dans laquelle ils ne se reconnaissent
pas.
De l'autre côté
des Alpes, l'Histoire en a fait autrement. En France, la Conférence épiscopale
pèse peu, voire pas, sur la scène politique. Les rares fois où elle publie des
déclarations, elles ne sont que peu relayées et facilement dénoncées comme des
“ingérences“ et des entorses à la séparation de l’Eglise et de l’Etat et donc
au sacro-saint principe de la laïcité à la française. On se rappelle par
exemple des réactions parfois virulentes suscitées par les déclarations de la
Conférence épiscopale française contre les politiques d'immigration de Sarkozy,
notamment en ce qui concerne les démantèlements de camps des roms.
En Italie, le rôle
actif dans la vie publique italienne de l’Eglise est à double tranchant, tout
comme l’est, à l’inverse, notre laïcité.
D'un côté, il semble important que l'Eglise puisse avoir sa place dans
la société, et elle peut ainsi garantir une diffusion à grande échelle des
valeurs de l'Evangile. Mais la realpolitik a bien souvent raison des meilleurs
intentions du monde, et si les espaces ne sont pas respectés, l'Eglise pourrait
y perdre de sa liberté.
Le défi de
l'Eglise serait donc de réussir à faire entendre sa voix, en proposant de voir
toujours plus haut, en joignant les gestes au message, comme c'est valable
individuellement pour chacun d'entre nous. Une voix qui serait d'autant plus
audible qu'elle serait cohérente.
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