Pages

samedi 1 octobre 2011

Le “renouveau éthique“ en question



 
Une fois par semaine, au début du week-end, je vais choisir un fait marquant, qui aura attiré mon attention au travail, et le présenter de façon simple. J'espère réussir à me tenir à cette résolution.

Cette semaine, j’ai décidé de consacrer un post à la réaction de l’Eglise face aux problèmes qui durent depuis maintenant plusieurs mois sur la scène politique italienne, à savoir les frasques de Silvio Berlusconi et les révélations presque quotidiennes de nouveaux rebondissements le concernant ou touchant de près ou de loin des personnes au pouvoir ou dans l’opposition, suscitant des demandes de démission presque tout aussi quotidiennes et ayant pour conséquence un vrai immobilisme politique, qui pour le coup, lui, n’a rien d’approximatif.   

Hier, je suis allée à la conférence de presse en conclusion des travaux de réflexion du Conseil permanent de la Conférence épiscopale italienne (CEI), au cours de laquelle il a largement été question du discours d'introduction prononcé par le président de celle-ci, le cardinal Bagnasco en début de semaine. Ce 26 septembre, le Président de la CEI a dénoncé avec des mots très durs le climat actuel de la scène politique italienne :

"Nous dénonçons des styles de vie difficilement compatibles avec la dignité humaine, le respect des institutions et de la vie publique. Nous sommes mortifiés de devoir prendre acte de comportements intrinsèquement tristes et vains. Qui choisit de s'engager dans la vie politique doit être conscient de la mesure, de la discipline et du sens de l'honneur que cela implique."

Dans tout le discours, Berlusconi n'est pas cité une seule fois. Mais le contexte actuel, et malgré des tournures appelant à une “purification“ d’ensemble de la classe politique, il est clair pour tous que le cardinal avait en tête des faits précis. A plusieurs reprises déjà, des déclarations avaient eu lieu sur le sujet de la part d'évêques, mais jamais avec autant de clarté et de fermeté.

Beaucoup dans la presse et même parmi les fidèles et le clergé, demandaient à l'Eglise de se prononcer clairement contre les attitudes de Berlusconi. J’ai été quant à moi frappée par la lettre d’un prêtre à son Evêque publiée dans le quotidien italien La Repubblica, publiée le 24 juin 2009, mais encore d'actualité pour résumer le désarroi de beaucoup de fidèles, dans laquelle il se demande pourquoi l'Eglise « traite si bien Berlusconi ».

Quelques jours avant, le pape lui–même avait demandé au départ de son voyage en Allemagne, le 22 septembre dernier, dans un télégramme adressé au Président de la République italienne, Giorgio Napolitano, “un renouveau éthique intense“ pour le pays.

Laissant de côté toutes les “instrumentalisations politiques“ qui peuvent être faites à partir de ces déclarations, les analyses qui assurent que l'Eglise prépare ainsi la transition vers l“l'ère post-Berlusconi“et le reste, il est étonnant de voir la densité des réactions provenant de tous bords.

Quelle expression pour l’Eglise dans la société ?

Cette demande de prise de position et l'écho donnée aux paroles des Evêques interpellent. Ce discours et les réactions qui s'en sont suivies dans la presse italienne, mais aussi un peu ailleurs (un article sur la question dans L'Express par exemple) m'ont interrogée sur la voix de l'Eglise dans la société en général, et sur les différences historiques sur ce point entre l'Italie et la France.

La présence du Vatican fait que l'Eglise a une véritable assise en Italie, entérinée par des accords avec l'Etat. Et il est vrai que, malgré la sécularisation qui n'épargne aucun pays en Europe, les paroisses y sont vivantes, les vocations nombreuses, les œuvres chrétiennes de charité florissantes. Cela fait un peu envie ! Même si beaucoup dans le pays voudraient se libérer du « joug » d'une institution dans laquelle ils ne se reconnaissent pas.

De l'autre côté des Alpes, l'Histoire en a fait autrement. En France, la Conférence épiscopale pèse peu, voire pas, sur la scène politique. Les rares fois où elle publie des déclarations, elles ne sont que peu relayées et facilement dénoncées comme des “ingérences“ et des entorses à la séparation de l’Eglise et de l’Etat et donc au sacro-saint principe de la laïcité à la française. On se rappelle par exemple des réactions parfois virulentes suscitées par les déclarations de la Conférence épiscopale française contre les politiques d'immigration de Sarkozy, notamment en ce qui concerne les démantèlements de camps des roms.

En Italie, le rôle actif dans la vie publique italienne de l’Eglise est à double tranchant, tout comme l’est, à l’inverse, notre laïcité.  D'un côté, il semble important que l'Eglise puisse avoir sa place dans la société, et elle peut ainsi garantir une diffusion à grande échelle des valeurs de l'Evangile. Mais la realpolitik a bien souvent raison des meilleurs intentions du monde, et si les espaces ne sont pas respectés, l'Eglise pourrait y perdre de sa liberté.

Le défi de l'Eglise serait donc de réussir à faire entendre sa voix, en proposant de voir toujours plus haut, en joignant les gestes au message, comme c'est valable individuellement pour chacun d'entre nous. Une voix qui serait d'autant plus audible qu'elle serait cohérente. 

Crédit photo : La Repubblica

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire