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mardi 13 décembre 2011

Médias et monde arabe

Sur proposition de mon amie Anaïs, actuellement en échange à La Sapienza, à Rome, je me suis rendue à un séminaire sur les médias et le monde arabe organisé par le département de Communication et recherche sociale de cette université. Le sous-titre de la rencontre était "Des tours jumelles au printemps arabe", mais les insurrections arabes, qui balaient depuis environ un an toute la région, du Maroc au Golfe, avec plus ou moins d'intensité, de succès, et, justement, de couverture médiatique étaient au centre des travaux.


Sous la direction d'un professeur, les étudiants se sont répartis en petits groupes thématiques pour traiter tel ou tel aspect de la question des relations entre médias et monde arabe (par pays le plus souvent), ces derniers étant eux-mêmes divisés en sous-thèmes : bloggers et journalistes, Twitter et Facebook, le Printemps arabe vu d'Europe, le rôle de premier plan d'Al Jazeera, le rôle des femmes...etc.

Vaste panorama, et ouverture de beaucoup de questions et de points de départ pour réfléchir sur ce phénomène d'autant plus complexe que le recul est encore impossible : le processus est toujours en cours, et cela prend du temps. Le monde arabe est sous les projecteurs, mais demeure fortement marqué par les stéréotypes, malgré une couverture médiatique abondante. Il y a une tendance valable pour certains pays (soulèvements, répression, départ du détenteur du pouvoir, démarrage du processus démocratique, victoire de forces plus conservatrices que ce que l'Occident attendait : Egypte et Tunisie) mais qui ne l'est pas du tout pour d'autres. De même, la couverture médiatique est très inégale d'un pays à l'autre.

Outre les étudiants, des journalistes spécialistes de la région sont également intervenus, qui ont apporté leur expérience aux différentes exposés. Parmi eux, Riccardo Cristiano, fin connaisseur du Moyen-Orient et notamment ancien correspondant à Jérusalem, qui a mis l'accent sur le point le plus important des révoltes : le problème, ce n'est pas tant l'Islam, mais bien les régimes. L'attention doit se diriger non pas sur la question religieuse, qui existe cependant et fait aussi difficulté (surtout au vu des résultats des élections en Egypte), mais n'est que secondaire par rapport à la question économique, et par conséquent des liens entre justice sociale et démocratie.

Les ressources des pays arabes, le pétrole notamment, est investi davantage dans les grandes banques américaines que dans les différentes Etats. En Egypte, par exemple, plus de 40% de la population ne vit qu'avec 2 dollars par jour. Dès lors, "comment s'étonner de la victoire aux élections des Frères musulmans, seul parti qui propose un programme d'assistance ?", a fait remarquer R.Cristiano.

La question, posée généralement par la presse, n'est donc pas de savoir si la démocratie est compatible avec l'Islam. Les revendications sur les places n'ont rien à voir avec la religion. Il s'agit de se rendre compte qu'elle est en tous les cas incompatible avec les régimes. Et ce qui sortira du processus démocratique amorcé dans quelques pays prendra sûrement du temps, mais ne peut être calqué sur une vision à l'occidentale de la démocratie.

La vignette qui illustre le post est du célèbre caricaturiste syrien Ali Ferzat, connu dans le monde arabe pour sa critique en images du régime de Bachar al-Assad. Il a reçu la semaine dernière le prix de la liberté de la presse de la part de Reporters Sans Frontières, Le Monde et TV5 Monde. Il y a quelques mois, il avait été passé à tabac en guise d'avertissement. Ses deux mains ont été fracturées. Il est réfugié au Koweït depuis le mois d'octobre.

Quelques photos, avec légendes



4 commentaires:

  1. Merci, Marie, pour partager cette chronique intéressante. Comme tu a dit ce phénomène est d'autant plus complexe, surtout parç que "le processus est toujours en cours, et cela prend du temps". Je suis d'accord avec celui que tu dis: les causes de la révolution sont les régimes et aussi la pauvreté.

    Mais, je pense que les groupes religieux vont jouer un rôle important dans la transition, pour le meilleur ou pour le pire. Nous ne pouvons pas oblier que par exemple, en l'Egypte la principale force politique est la Fraternité Musulmane.

    Donc, je pense qu'il ya un risque potentiel de avoir un scenario de conflits ethniques-religieux, mais aussi le risque de nouvelles dictatures militaires, comme cela peut arriver en Egypte ou au Yémen.

    Merci encore pour l'article et j'espère que tout va bien pour Rome, si tu vois mon oncle le salues pour moi!

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  2. Félix! Je suis d'accord avec toi...Voilà un article qui fait bien le point sur la situation :

    http://invisiblearabs.com/?p=4068

    A bientôt j'espère !

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  3. Salut Marie, c'est cool ces articles que tu nous envoie,
    loin de moi l'idée de faire l'intellectuelle mais ça m'intéresse voilà pourquoi je m'interroge : le journaliste Cristiano, que tu cite dans ton article, déclare que le problème ne vient pas de l'Islam mais du régime, or le gouvernement des pays arabes sont gouvernés par une majorité musulmane comment ne pas associé les deux,pourquoi ne pas se poser la question d'une possible Laïcité dans le monde arabe, non?? dans ce cas, peut être la démocratie serai compatible.

    En fait je comprend pas pourquoi il veut dissocier "régime" et "Islam" quand on voit se qui se passe, selon moi ces deux éléments sont indissociables...
    Je sais pas si tu aura tout compris de ma question peu être tu pourra m'éclairer...
    Sur-ce j'espère que tous se passe bien pour toi en Italie, je t'embrasse fort
    la paix
    Claire de B

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  4. Salut Claire. L'Islam est le pilier culturel de toute la région, il semble donc compliqué de l'écarter aussi facilement de la scène politique. Par ailleurs, on doit bien faire la distinction entre Islam et islamisme, ce dernier constituant le véritable risque, que court naturellement la démocratie, dès lors que le jeu politique n'est plus verrouillé par les dictateurs. Je t'invite à lire cet article, justement sur la compatibilité éventuelle de partis se revendiquant de l'Islam tout en respectant les valeurs démocratiques.

    http://coeur-a-gauche.over-blog.com/article-l-islam-politique-d-aujourd-hui-est-il-la-democratie-chretienne-d-hier-les-nouveaux-contours-de-l-90602192.html

    A très vite à Montpel !

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