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vendredi 18 février 2011

Chronique d’une visite à Gaza

Du 11 au 13 février dernier, je suis allée avec une équipe du Patriarcat Latin de Jérusalem à Gaza, afin de rencontrer les catholiques qui y vivent, et de participer aux activités de la paroisse.
Ce n’est pas tous les jours que les chrétiens de Gaza reçoivent des visites de l’extérieur. La petite communauté vit avec courage une situation difficile, confinée par le blocus israélien dans cet étroit territoire de 40km sur 10km et souvent isolée au cœur d’une société presque entièrement musulmane, dont le caractère islamiste a été accentué par l’accès au pouvoir du Hamas en 2006. Pour tous les Palestiniens de la Bande de Gaza, les coupures d’eau et d’électricité sont quotidiennes, le chômage, la pauvreté touchent de nombreuses familles, et la violence à la frontière est fréquente.
Sur les 1,6 millions d’habitants de Gaza, on compte près de 2500 chrétiens, et à peine plus de 200 latins, qui vivent leur foi dans l’unique paroisse catholique de la Bande, celle de la Sainte Famille. Une présence soutenue par différentes communautés religieuses, qui œuvrent non seulement pour la paroisse, mais aussi pour tous les habitants de Gaza, sans distinction de religion : les missionnaires de la Charité de Mère Térésa, les Sœurs du Rosaire, les Petites Sœurs de Jésus et enfin les Sœurs de l’Institut du Verbe Incarné, famille religieuse à laquelle appartiennent également les prêtres catholiques de Gaza, tous deux Argentins : le curé, le P. Jorge (appelé par tous Abouna George) et le P. Elias.
Au cours des 3 jours que nous passons à Gaza, nous avons l’opportunité d’observer et de participer à la vie des chrétiens locaux.
Les écoles sont l’un des points principaux, et aussi bien les deux établissements du Patriarcat Latin comme celui des Sœurs du Rosaire, qui accueillent en tout près de 1500 élèves, majoritairement musulmans du fait de la situation démographique, jouissent d’une très bonne réputation. Quant aux Missionnaires de la Charité et au Verbe Incarné, ils s’occupent d’enfants handicapés.
Comme nous le raconte le P. Jorge, Noël a véritablement été un temps fort pour la communauté paroissiale : tous se sont beaucoup investis dans la préparation de la fête. Après la messe, une exposition et un spectacle avaient été organisés, suivis du dîner et d’un loto. Lors de la fête des enfants, près de 250 petits gazaouis se sont réunis dans la paroisse : tous les enfants catholiques bien entendu, mais aussi de nombreux orthodoxes. En effet, les chrétiens des deux confessions, dont les paroisses sont géographiquement proches, au cœur de la ville de Gaza, se serrent volontiers les coudes. Quant aux jeunes, ils ont visité les personnes âgées et les malades au son des guitares et des chants.
Au cours des dernières semaines, le P. Jorge a entrepris de visiter les familles de la paroisse, accompagné de Sr Maria de Nazareth et de Sr Maria del Resucitado, religieuses du Verbe Incarné. Ce sont de véritables moments de construction de la communauté : les familles se réunissent au complet pour offrir le plus bel accueil à l’Abouna en visite. A Gaza, la vie sociale des chrétiens est largement construite autour de la paroisse, aussi ces rencontres sont nécessaires pour établir un climat de confiance. « L’Eglise n’est pas qu’un lieu de prière, mais aussi de rencontres, de vie sociale, explique le P. Jorge, parfois, nous aidons les familles les plus en difficulté économiquement parlant, et après la messe, nous nous retrouvons tous sur le parvis pour discuter, prendre un café…c’est un vrai moment communautaire, qui nous encourage à aller de l’avant ».

Un aspect important de la pastorale est la rencontre hebdomadaire avec les couples de la paroisse. Le samedi soir, nous avons participé à l’une de ces réunions, au cours de laquelle le P. Jorge, s’appuyant sur un livre du P. Miguel Fuentes, « Homme et Femme, il les créa », récemment traduit en arabe, est entré en dialogue avec maris et femmes, les encourageant à envisager leurs différences pour mieux se comprendre et s’aimer. « C’est vraiment très beau de pouvoir se retrouver ainsi, affirme Hanna, marié à Diane et père de 4 enfants, cela fait maintenant un an que l’on se voit toutes les semaines, et c’est une grande aide pour nous ».
Les jeunes sont aussi l’objet d’une attention particulière : trois oratoires sont en place, selon les âges. Récemment, leurs activités ont été en partie déplacées dans les maisons, afin de ne pas choquer les musulmans. Dans le contexte social actuel dans la région, certains ont parfois du mal à comprendre que l’on puisse se réjouir alors que les voisins arabes souffrent.
En effet, les récents évènements qui ont secoué et secouent toujours le Moyen-Orient ne sont pas sans incidence à Gaza, voisine toute proche de l’Egypte. Tout d’abord d’un point de vue matériel, car les soulèvements égyptiens ont entraîné la fermeture de nombreux tunnels par lesquels Gaza s’alimente en partie. Mais aussi parce que le sort des autres nations arabes inspire la solidarité des Palestiniens de Gaza. Le vendredi 11 au soir, à l’annonce du départ du pouvoir du Président égyptien Hosni Moubarak, ils étaient des milliers à descendre dans les rues pour célébrer cette victoire du peuple. Plusieurs manifestations ont eu lieu en soutien aux protestataires, et la Bande de Gaza n’est pas à l’abri du vent de contestation qui souffle actuellement sur la région.
Malgré l’incertitude, la précarité matérielle, les restrictions dans les libertés civiles et de mouvement, les chrétiens de Gaza sont un signe d’espérance. Leur présence, numériquement insignifiante, peut être le sel et la lumière en cette terre éprouvée par tant de souffrances.



Article paru sur le site du Patriarcat Latin

1 commentaire:

  1. Merci pour ce beau reportage sur la petite communauté chrétienne de Gaza. Je pense souvent à eux.

    fr. Marc Leroy, o.p. (Jérusalem)

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